Assurance
Assurance PNO : obligatoire pour le propriétaire non occupant
Ce que couvre la garantie propriétaire non occupant, quand elle est obligatoire, ce qu'elle coûte et pourquoi elle est déductible des revenus fonciers.
L’assurance propriétaire non occupant est la garantie la plus négligée des investisseurs particuliers. Le raisonnement qui conduit à s’en passer paraît solide : le locataire est assuré, la copropriété est assurée, pourquoi payer un troisième contrat ? Il suffit d’un logement vide entre deux baux, d’un locataire dont l’attestation était périmée, ou d’une fuite dont l’origine se situe dans une canalisation privative, pour que le raisonnement s’effondre — et la facture se compte alors en dizaines de milliers d’euros.
Une obligation légale depuis la loi ALUR
Depuis 2014, tout copropriétaire — qu’il occupe son lot ou le loue — doit être assuré au minimum en responsabilité civile pour les dommages causés aux voisins et aux tiers.
Cette obligation vise tous les lots, y compris les caves, parkings et locaux annexes. Elle s’applique indépendamment de l’existence du contrat souscrit par le syndic pour les parties communes.
En maison individuelle louée, aucune obligation légale ne pèse sur le bailleur. La PNO reste pourtant tout aussi nécessaire, puisqu’aucun contrat collectif ne vient couvrir le bâti.
La répartition des obligations entre les différents acteurs est détaillée dans occupant, bailleur, locataire : qui doit assurer quoi.
Les quatre situations où la PNO joue seule
Le logement est vacant. Entre deux locations, pendant des travaux, ou lorsqu’un bien est mis en vente, aucun contrat de locataire ne s’applique. Un dégât des eaux survenant pendant cette période, sans PNO, reste intégralement à la charge du propriétaire.
Le locataire n’est pas assuré, ou mal assuré. L’obligation légale existe, son respect n’est pas automatique. Un locataire dont l’assurance a été résiliée pour non-paiement reste responsable, mais un locataire insolvable n’indemnise personne.
Le sinistre provient des parties privatives du lot. Canalisation encastrée, installation électrique vétuste, chauffe-eau défectueux : la responsabilité du propriétaire est engagée vis-à-vis des voisins, et le contrat du locataire ne couvre pas les vices de l’immeuble.
Le contrat de la copropriété est insuffisant. Franchise élevée, plafond atteint, garantie non souscrite : le solde reste à la charge des copropriétaires concernés.
Ce que couvre un contrat PNO
Le socle comprend la responsabilité civile du propriétaire, la garantie du bâti pour les parties privatives, les dégâts des eaux, l’incendie et événements assimilés, les catastrophes naturelles selon le régime légal exposé dans catastrophe naturelle et sécheresse, et le recours des voisins et des tiers.
Plusieurs extensions méritent examen selon la situation.
La perte de loyers indemnise le bailleur pendant la période où le logement est inhabitable après un sinistre. Sur un bien dont le loyer finance la mensualité du crédit, c’est la garantie la plus utile du contrat.
La protection juridique finance les procédures en cas de litige avec un locataire, un voisin, un artisan ou le syndic.
Le mobilier du propriétaire couvre les biens meublant le logement, indispensable en location meublée où l’équipement appartient au bailleur.
Le défaut d’assurance du locataire prend le relais quand celui-ci n’est pas couvert.
Ce qu’elle ne couvre pas
La PNO ne remplace pas l’assurance du locataire, qui reste obligatoire, et ne couvre pas les biens personnels de celui-ci.
Elle ne couvre pas non plus les impayés de loyer, qui relèvent d’une garantie loyers impayés distincte, présentée dans garanties du bailleur : caution, Visale ou GLI.
Elle exclut enfin les dommages liés à un défaut d’entretien manifeste du propriétaire — une toiture non réparée malgré des alertes répétées, une installation électrique dangereuse signalée par un diagnostic. Cette exclusion rappelle l’importance des diagnostics présentés dans les diagnostics obligatoires.
Le coût, et pourquoi il est modeste
Une PNO coûte généralement entre 60 et 200 € par an pour un appartement standard, davantage pour une maison ou un bien de grande surface. C’est nettement moins qu’une multirisque d’occupant, parce que le contrat ne couvre ni les biens personnels ni la responsabilité civile vie privée des occupants.
Rapporté au risque couvert — un dégât des eaux moyen coûte plusieurs milliers d’euros, un incendie plusieurs dizaines de milliers —, le rapport est sans commune mesure.
Un élément achève de rendre l’arbitrage évident : la prime est déductible des revenus fonciers au régime réel, comme les autres charges de propriété. Pour un bailleur imposé au taux marginal de 30 %, augmenté des prélèvements sociaux, le coût net est environ divisé par deux. Le mécanisme de déduction est expliqué dans revenus fonciers : micro-foncier, réel et déficit.
Ce qu’il faut vérifier avant de souscrire
Le périmètre du bien assuré : surface, nombre de pièces, dépendances, cave, parking, terrasse.
Le type d’occupation déclaré : location nue, meublée, saisonnière, occupation à titre gratuit, logement vacant. Une déclaration inexacte autorise l’assureur à réduire ou refuser sa prise en charge.
L’articulation avec le contrat de copropriété. Inutile de payer deux fois la même garantie ; demandez au syndic une copie des conditions du contrat collectif.
Les franchises, en particulier sur le dégât des eaux, sinistre le plus fréquent.
Le plafond de la garantie perte de loyers et sa durée d’indemnisation, généralement douze à vingt-quatre mois.
La couverture pendant la vacance, et sa durée maximale : certains contrats suspendent certaines garanties au-delà de quatre-vingt-dix jours d’inoccupation.
Les cas particuliers
La location saisonnière appelle un contrat spécifique. Les contrats classiques excluent fréquemment ce mode d’exploitation, et la rotation rapide des occupants augmente le risque.
La location meublée suppose d’assurer le mobilier appartenant au bailleur, ce que ne fait pas une PNO de base.
Le bien détenu en SCI doit être assuré au nom de la société, avec une responsabilité civile couvrant les dirigeants.
Le logement vacant durablement — succession en cours, bien en attente de travaux — relève souvent d’un contrat dédié, plus cher, car le risque d’un logement inoccupé est supérieur.
Le bien en copropriété avec activité commerciale en rez-de-chaussée peut se voir appliquer une tarification majorée en raison du risque incendie.
L’articulation avec le crédit
Tant que le prêt court, la banque exige une couverture du bien, qui constitue sa garantie. Une PNO satisfait cette exigence pour un bien loué.
L’assurance emprunteur, elle, couvre un risque totalement différent : celui qui pèse sur l’emprunteur, non sur le bien. Les deux contrats sont complémentaires et ne se substituent jamais l’un à l’autre, comme le rappelle assurance emprunteur : garanties, quotité et coût réel.
Pour un investisseur multi-biens, regrouper l’ensemble des PNO chez un même assureur permet généralement d’obtenir une remise de flotte et, surtout, simplifie la gestion des attestations réclamées chaque année par les syndics et les banques.
Comment se règle un sinistre quand trois contrats coexistent
La superposition des contrats inquiète souvent les bailleurs, qui craignent de payer deux fois ou de n’être couverts par personne. En pratique, le mécanisme est réglé.
Pour les dégâts des eaux et les incendies de faible ampleur, la convention IRSI désigne un assureur gestionnaire unique — en principe celui de l’occupant du local sinistré — qui instruit et indemnise, les recours entre assureurs étant traités ensuite entre professionnels. Le bailleur n’a donc pas à établir la responsabilité de qui que ce soit pour être indemnisé de ses propres dommages : il déclare à sa PNO, point final. Ce mécanisme est détaillé dans dégât des eaux entre voisins.
Trois réflexes évitent les difficultés. Déclarer dans les délais — cinq jours ouvrés dans la plupart des cas —, en suivant la méthode exposée dans déclarer un sinistre. Informer le syndic dès lors que les parties communes peuvent être en cause. Et conserver les coordonnées de l’assureur du locataire, relevées sur l’attestation annuelle : elles font gagner des semaines le jour où il faut faire jouer un recours.
Un dernier point : si le logement devient inhabitable, c’est la garantie perte de loyers de la PNO qui prend le relais, pas le contrat du locataire — lequel cesse d’ailleurs de devoir un loyer pour un logement qu’il ne peut plus occuper.
Le réflexe au moment de la mise en location
Le moment critique est celui où un propriétaire occupant décide de louer son bien.
Son contrat multirisque d’occupant devient inadapté du jour au lendemain : il couvre des biens personnels qui ne seront plus là, et ne couvre pas les risques spécifiques du bailleur. Pourtant, la plupart des propriétaires se contentent d’informer leur assureur par téléphone, voire pas du tout.
La démarche correcte tient en trois étapes. Déclarer le changement d’usage par écrit. Souscrire une PNO adaptée au mode de location choisi. Et, le jour de l’entrée dans les lieux, exiger l’attestation d’assurance du locataire avant de remettre les clés — puis la redemander chaque année, ce que la loi autorise expressément.
Cette rigueur administrative accompagne les autres obligations du bailleur, qu’il s’agisse de l’encadrement des loyers présenté dans encadrement des loyers ou du régime fiscal choisi au moment de la mise en location.
Un contrat à relire chaque année
La PNO vieillit comme les autres contrats. Un loyer réévalué modifie le plafond utile de la garantie perte de loyers ; des travaux réalisés changent la valeur du bien ; un passage de la location vide à la location meublée impose d’assurer le mobilier. Une relecture annuelle, au moment de la régularisation des charges ou de la déclaration fiscale, suffit à maintenir la cohérence entre le contrat et la réalité. C’est aussi l’occasion de remettre la cotisation en concurrence : depuis la loi Hamon, un contrat de plus d’un an se résilie à tout moment, sans motif ni frais, le nouvel assureur se chargeant des formalités.
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