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Comparer deux assurances de prêt : lire le TAEA

Coût total, TAEA, capital initial ou restant dû, franchises et définitions : la méthode pour comparer deux contrats sans se fier au taux affiché.

Par Hélène Marchand 8 min de lecture
Comparaison chiffrée de deux contrats d'assurance emprunteur

Deux contrats d’assurance emprunteur affichent 0,12 % et 0,15 %. Le premier paraît moins cher. Il peut coûter deux fois plus sur la durée du prêt, ne rien verser en cas d’arrêt de travail, et cesser de couvrir à soixante-cinq ans alors que le crédit court jusqu’à soixante-dix. Le taux affiché est, de tous les chiffres d’un dossier de crédit, celui qui informe le moins.

Le piège de l’assiette de calcul

C’est la première chose à vérifier, avant même le prix.

Un contrat calculé sur le capital initial applique son taux au montant emprunté au départ, et ne bouge pas. La cotisation reste identique du premier au dernier mois, alors même que la dette diminue. C’est la formule dominante des contrats groupe bancaires.

Un contrat calculé sur le capital restant dû applique son taux à la dette réelle, qui décroît avec l’amortissement. La cotisation baisse chaque année.

Sur un prêt de 250 000 € à vingt ans, un taux de 0,15 % sur capital initial représente 31,25 € par mois pendant 240 mois, soit 7 500 €. Le même 0,15 % sur capital restant dû revient à environ 4 000 € sur la même période, parce que l’assiette fond.

Autrement dit, comparer deux taux sans connaître leur assiette n’a aucun sens. Un 0,20 % sur capital restant dû bat généralement un 0,13 % sur capital initial.

Le TAEA, l’indicateur conçu pour ça

Le taux annuel effectif de l’assurance a été créé précisément pour neutraliser ces différences. Il exprime le coût de l’assurance sur le même mode que le TAEG exprime le coût du crédit, et permet donc une comparaison directe entre deux propositions.

Les établissements sont tenus de le communiquer, dans l’offre de prêt comme dans les documents précontractuels d’assurance. Il figure souvent en petits caractères, mais il y est.

Une réserve toutefois : le TAEA reflète le coût, pas la qualité de la couverture. Un contrat peut afficher un excellent TAEA parce qu’il exclut les affections dorsales et psychiques, applique une franchise de 180 jours et cesse de couvrir l’ITT à soixante ans. Le TAEA sert à départager deux contrats de niveau de garanties équivalent, pas à choisir entre une bonne et une mauvaise couverture.

La méthode en deux temps

La comparaison efficace se fait dans cet ordre, jamais l’inverse.

Premier temps : vérifier l’équivalence des garanties. Récupérez la fiche standardisée d’information remise par la banque, qui liste les critères exigés — onze au maximum sur les garanties, quatre sur la perte d’emploi. Tout contrat candidat doit les couvrir intégralement, faute de quoi la substitution sera refusée. La procédure est décrite dans changer d’assurance de prêt à tout moment.

Second temps seulement : comparer le coût. TAEA d’abord, puis coût total en euros sur la durée du prêt. Ce dernier chiffre est le plus parlant et doit être exigé de chaque assureur.

Inverser ces deux étapes conduit à choisir un contrat bon marché qui sera refusé par la banque, ou pire, accepté mais inadapté.

Les clauses qui changent tout

Cinq points déterminent la valeur réelle d’un contrat, bien davantage que son prix.

Le mode d’indemnisation. En forfaitaire, l’assureur verse la mensualité quelle que soit votre situation. En indemnitaire, il ne compense que la perte de revenu effectivement subie : un salarié dont l’employeur maintient le salaire ne perçoit rien. Pour un fonctionnaire, un cadre bien couvert par sa prévoyance ou un salarié d’une grande entreprise, cette distinction vaut plus que tout le reste.

La franchise ITT. De 30 à 180 jours. Un indépendant sans prévoyance doit viser 30 ou 60 jours ; au-delà, la garantie ne sert qu’aux arrêts longs.

La définition de l’incapacité. Certains contrats évaluent l’incapacité par rapport à la profession exercée, d’autres par rapport à toute profession. La seconde définition est beaucoup plus restrictive : un chirurgien qui ne peut plus opérer mais peut enseigner n’est pas indemnisé.

Les exclusions. Affections dorsales et psychiques en tête — elles représentent une part majeure des arrêts de travail longs. Certains contrats les excluent, d’autres les couvrent sous condition d’hospitalisation, d’autres pleinement.

Les limites d’âge. La garantie décès court souvent jusqu’à quatre-vingt-cinq ans, mais l’ITT et l’IPT s’arrêtent fréquemment à soixante-cinq ans, parfois avant. Sur un prêt qui court au-delà, la couverture devient partielle sans que personne ne vous prévienne.

Ces mécanismes sont détaillés dans assurance emprunteur : garanties, quotité et coût réel.

Construire un tableau de comparaison

La méthode la plus sûre consiste à établir, pour chaque contrat, une ligne unique comportant :

le coût total en euros sur la durée du prêt ; le TAEA ; l’assiette de calcul ; le mode d’indemnisation ; la franchise ITT ; la définition de l’incapacité ; les exclusions notables ; les limites d’âge par garantie ; la quotité retenue.

Trois contrats sur trois lignes, et la décision devient évidente. Sans ce tableau, la comparaison se fait sur le seul chiffre mis en avant par le vendeur, qui est rarement le plus pertinent.

Ajoutez une colonne « délai de carence » : certains contrats prévoient une période initiale pendant laquelle certaines garanties ne jouent pas encore.

L’effet sur le TAEG et sur la capacité d’emprunt

L’assurance ne pèse pas seulement sur le coût : elle entre dans le TAEG, qui doit rester sous le taux d’usure, et dans le calcul du taux d’endettement.

Une délégation moins chère produit donc trois effets simultanés. Elle réduit le coût total. Elle abaisse le TAEG, ce qui peut débloquer un dossier refusé pour dépassement du seuil d’usure — situation exposée dans refus de prêt : recours et clause suspensive. Et elle allège la mensualité totale, ce qui libère de la capacité d’emprunt au regard des plafonds décrits dans taux d’endettement et reste à vivre.

Sur un dossier limite, changer d’assurance peut littéralement faire passer le projet. C’est un levier que peu d’emprunteurs actionnent au bon moment, c’est-à-dire avant l’édition de l’offre.

Le cas des couples

La quotité complique la comparaison, et il faut raisonner en coût du couple, pas en coût individuel.

Un contrat groupe applique généralement le même taux aux deux emprunteurs, indépendamment de leur âge et de leur profil. Une délégation tarifie chacun séparément.

Résultat fréquent : sur un couple dont l’un est jeune et non-fumeur et l’autre plus âgé ou fumeur, la meilleure solution est souvent mixte — une délégation pour le premier, le contrat groupe pour le second. Rien ne l’interdit, et peu de conseillers le proposent spontanément.

Comparez donc trois scénarios : les deux en groupe, les deux en délégation, et la combinaison optimale.

Les comparateurs en ligne : ce qu’ils valent

Ils donnent un ordre de grandeur en quelques minutes, ce qui est utile pour savoir s’il vaut la peine d’aller plus loin.

Leurs limites sont connues. Ils comparent des tarifs d’appel, souvent sans intégrer les majorations liées au profil réel. Ils ne vérifient pas l’équivalence avec la fiche standardisée de votre banque. Et ils ne comparent presque jamais les clauses qui font la différence : franchise, définition de l’incapacité, exclusions.

Utilisez-les comme un premier tri, puis demandez des propositions personnalisées et complètes, directement ou via un courtier — dont la valeur ajoutée, sur ce sujet précis, est réelle.

Un exemple chiffré complet

Prenons un couple de trente-huit ans empruntant 280 000 € sur vingt-deux ans, assuré à 50 % et 50 %. Trois propositions sont sur la table.

Contrat groupe de la banque : 0,32 % du capital initial pour chacun, soit environ 149 € par mois pour le couple, constants. Coût total : environ 39 300 €.

Délégation A : 0,11 % du capital restant dû, mode forfaitaire, franchise ITT 90 jours, exclusion des affections dorsales non hospitalisées. Coût total : environ 16 800 €.

Délégation B : 0,14 % du capital restant dû, mode forfaitaire, franchise 30 jours, aucune exclusion dorsale ni psychique, garanties jusqu’à soixante-dix ans. Coût total : environ 21 400 €.

La comparaison naïve désigne la délégation A. Mais l’écart avec B n’est que de 4 600 € sur vingt-deux ans, soit 17 € par mois, en échange d’une franchise divisée par trois et de la couverture des deux causes d’arrêt de travail long les plus fréquentes.

Pour un salarié bénéficiant d’un maintien de salaire de trois mois, A suffit. Pour un indépendant ou un salarié exerçant un métier physique, B est manifestement le bon choix, et le surcoût s’apparente à une prime de risque parfaitement justifiée.

C’est cet exercice, et non la lecture d’un taux, qui constitue une comparaison.

Quand refaire l’exercice

Une comparaison n’est valable qu’à un instant donné.

Refaites-la après tout changement de situation favorable : arrêt du tabac constaté depuis deux ans, changement de métier vers une activité moins exposée, amélioration d’un état de santé, franchissement d’un délai de droit à l’oubli — voir questionnaire de santé et convention AERAS.

Refaites-la aussi lors d’un remboursement anticipé partiel ou d’une renégociation, puisque l’assiette change. Et n’oubliez pas, dans ce cas, de faire ajuster le contrat : beaucoup d’assurés continuent de payer sur le capital initial d’un prêt déjà partiellement soldé. Les conditions de rentabilité d’un refinancement global sont exposées dans renégocier ou racheter son crédit.

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