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Financement

Prêt relais : mécanique, risques et alternatives

Acheter avant d'avoir vendu : comment fonctionne un prêt relais, ce qu'il coûte, ce qui se passe si la vente tarde, et les montages alternatifs.

Par Sofia Bérard 8 min de lecture
Panneau à vendre devant une maison en cours de revente

Le prêt relais répond à un problème de calendrier : vous avez trouvé le bien suivant, mais l’actuel n’est pas encore vendu, et l’argent de la vente constitue l’essentiel du financement. La banque avance alors une partie de la valeur du bien à céder, le temps que la transaction se réalise. Le principe est simple, l’exécution l’est beaucoup moins, et les difficultés surviennent toujours au même endroit : la vente qui ne vient pas.

Le principe et les chiffres

La banque avance une fraction de la valeur estimée du bien à vendre, généralement 50 à 80 %. Cette décote couvre son risque : l’estimation peut être optimiste, le marché peut se retourner, et il faut absorber une baisse éventuelle du prix de vente.

Si un crédit court encore sur le bien à vendre, il est déduit de l’avance. Un bien estimé 300 000 €, avancé à 70 %, soit 210 000 €, avec un capital restant dû de 60 000 €, dégage 150 000 € mobilisables.

La durée est courte : douze mois, renouvelables une fois, soit vingt-quatre mois au maximum. Le remboursement intervient en une fois, au moment de la vente, par le produit de celle-ci.

Pendant cette période, l’emprunteur ne rembourse pas de capital. Selon la formule retenue, il paie les intérêts chaque mois, ou rien du tout.

Les trois formules

La franchise partielle est la plus répandue. Vous payez chaque mois les intérêts du prêt relais, ainsi que l’assurance. Le capital est remboursé à la vente. La charge mensuelle reste modérée et le coût total maîtrisé.

La franchise totale reporte également les intérêts, qui s’accumulent et sont réglés à la vente avec le capital. La trésorerie mensuelle est préservée — ce qui compte quand on rembourse déjà le prêt du bien à vendre et celui du bien acheté —, mais les intérêts produisent eux-mêmes des intérêts, et la facture finale grimpe.

Le prêt relais adossé, ou relais-acquisition, intègre le relais et le prêt du nouveau bien dans un montage unique, avec lissage des échéances. C’est la formule la plus lisible quand le prix du nouveau bien dépasse nettement celui de l’ancien.

Le choix dépend directement de votre capacité à absorber une double charge, appréciée au regard du taux d’effort décrit dans taux d’endettement et reste à vivre.

Ce que ça coûte

Le taux d’un prêt relais est supérieur à celui d’un prêt amortissable classique, de l’ordre de vingt à cinquante centièmes de plus, parce que la banque supporte un risque de non-réalisation.

Sur 150 000 € avancés à 4 %, les intérêts représentent environ 500 € par mois. Sur douze mois, 6 000 € ; sur vingt-quatre, 12 000 €, davantage encore en franchise totale du fait de la capitalisation.

S’ajoutent les frais de dossier, la garantie — souvent une hypothèque sur le bien à vendre —, et l’assurance emprunteur sur le capital relais. La question du coût réel de cette assurance, souvent négligée sur une opération courte, relève des mêmes critères que ceux exposés dans assurance emprunteur.

Ce coût doit être comparé à l’alternative : vendre d’abord, se loger temporairement, déménager deux fois. Entre un double déménagement, six mois de location et un garde-meuble, l’écart n’est pas toujours en faveur de la prudence.

Le vrai risque : la vente qui ne se fait pas

C’est le scénario à anticiper avant de signer, pas après.

À l’échéance des vingt-quatre mois, le prêt devient exigible. Si le bien n’est pas vendu, trois issues se présentent, toutes désagréables.

Baisser fortement le prix pour vendre vite, ce qui revient souvent à effacer la totalité de l’avantage recherché.

Transformer le relais en prêt amortissable, si la banque l’accepte et si votre taux d’endettement le permet — ce qui suppose de pouvoir supporter durablement deux crédits.

Vendre dans l’urgence, en position de faiblesse manifeste : les acquéreurs perçoivent immédiatement la contrainte et négocient en conséquence.

La probabilité de ce scénario dépend directement de la qualité de l’estimation de départ. Un bien affiché 15 % au-dessus de son marché ne se vend pas, quelle que soit la patience du vendeur. Cette estimation doit être faite avec la rigueur décrite dans lire un marché avant d’acheter, et non à partir du prix espéré.

Les précautions à prendre

Faire estimer le bien par plusieurs professionnels, et retenir la fourchette basse pour bâtir le plan de financement. Une banque prudente s’appuiera de toute façon sur une valeur conservatrice.

Mettre en vente avant d’acheter. Signer un relais alors que le bien n’est même pas encore sur le marché revient à consommer les premiers mois du délai en pure perte.

Vérifier que la sortie est possible. Demandez à la banque ce qu’elle proposera si la vente n’a pas eu lieu à l’échéance, et faites-le préciser par écrit si possible.

Négocier l’absence d’indemnités de remboursement anticipé. Sur un prêt relais, elles n’ont aucune justification, puisque le remboursement anticipé est le principe même du produit.

Prévoir une marge de trésorerie pour les frais de la nouvelle acquisition — droits de mutation, frais de garantie — qui ne sont pas couverts par le relais. Leur composition figure dans frais de notaire.

Les alternatives au relais

La vente avant achat, avec négociation d’une occupation temporaire. Il est possible de vendre puis de demeurer dans les lieux quelques mois moyennant une indemnité d’occupation convenue avec l’acquéreur. Cela suppose un acquéreur non pressé, mais cela supprime tout risque.

L’achat sous condition suspensive de vente. Le compromis du nouveau bien est conditionné à la vente de l’ancien. C’est la solution la plus protectrice pour l’acquéreur — et la moins attrayante pour le vendeur d’en face, qui immobilise son bien sans certitude. Elle fonctionne sur un marché calme, rarement sur un marché tendu. Ses modalités relèvent du mécanisme général exposé dans rétractation et conditions suspensives.

Le prêt achat-revente. Un établissement rachète l’ensemble de vos crédits et intègre le financement du nouveau bien dans un prêt unique, avec une mensualité calculée comme si la vente avait déjà eu lieu. Le produit de la vente vient ensuite en remboursement anticipé, et le prêt est recalculé. Le montage est plus coûteux mais supprime la double charge et l’échéance couperet.

Le prêt familial, enfin, quand la configuration s’y prête. Formalisé par une reconnaissance de dette et déclaré, il coûte infiniment moins cher qu’un relais bancaire.

Relais sec et relais adossé : deux situations

La distinction tient au rapport entre le prix du bien vendu et celui du bien acheté.

Le relais sec intervient lorsque le produit attendu de la vente couvre intégralement le prix du nouveau bien, frais compris. Aucun crédit amortissable ne s’y ajoute : seul le relais est mis en place, puis soldé. C’est la configuration la plus simple, typique d’un couple qui vend une maison familiale pour acquérir un appartement plus petit.

Le point de vigilance y est la trésorerie : pendant la période relais, les intérêts courent sans qu’aucun capital ne s’amortisse, et la vente doit se faire au prix estimé. Une décote de 10 % au moment de la vente se traduit directement par un besoin de financement complémentaire non prévu.

Le relais adossé s’impose lorsque le nouveau bien coûte plus cher. Le relais finance l’avance sur la vente, et un prêt amortissable classique couvre la différence. L’emprunteur supporte alors trois charges simultanées : l’ancien crédit s’il court encore, les intérêts du relais, et l’échéance du nouveau prêt.

Cette accumulation est précisément ce que la banque examine. Elle vérifie que le taux d’effort reste supportable pendant la période de double charge, selon les règles exposées dans taux d’endettement et reste à vivre. C’est le plus souvent là, et non sur la valeur du bien, que se joue l’acceptation du dossier.

Le calendrier optimal

L’ordre des opérations fait toute la différence.

Faites estimer votre bien, puis mettez-le en vente. Consultez en parallèle votre banque pour connaître le montant relais mobilisable : cela détermine votre budget réel pour le bien suivant.

Commencez ensuite seulement les visites. Chercher avant de connaître son enveloppe conduit à tomber amoureux de biens hors de portée, puis à forcer le montage.

Quand une offre arrive sur votre bien actuel, la signature du compromis de vente change tout : le relais devient un relais sec sécurisé, la banque connaît le prix exact et la date prévisionnelle, et les conditions s’améliorent nettement. Certains établissements n’accordent d’ailleurs le relais qu’à ce stade.

Enfin, gardez à l’esprit que le relais raccourcit mécaniquement l’horizon de détention du bien vendu, ce qui, sur un achat récent, peut rendre l’opération globalement défavorable une fois les frais pris en compte — un effet chiffré dans ce que 20 ou 25 ans changent au coût total. Si le bien actuel a été acheté il y a moins de cinq ans, faites le calcul complet avant de vous engager, et discutez le montage avec un courtier : les grilles relais varient considérablement d’une banque à l’autre.

Ce qu’il faut retenir

Le prêt relais résout un problème de calendrier, pas un problème de prix. Il suppose une estimation prudente du bien à vendre, une mise en vente engagée avant la signature, et une réponse claire à la seule question qui compte : que se passe-t-il si la vente n’a pas eu lieu dans vingt-quatre mois ?

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